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Créée en 1987 à l'initiative de quelques cousins, l'Association des Lemieux se propose de rassembler ceux qui portent ce patronyme en France, ainsi que leurs alliés et descendants, afin de favoriser des liens entre ces personnes ou avec d'autres associations du même type.

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extrait du Bulletin "LEMIEUX du Vieux-Pays" n°41 - 1e semestre 2008

 

Cette fois, c'est un de nos cousins, Paul Leruez, qui nous emmène à la rencontre de sa grand-mère : Augustine Le Mieux.

De « Mémère Titine », disparue alors qu'il n'avait que 6 ans, il n'a gardé que de vagues souvenirs d'enfance .. Il a voulu mieux la connaître et nous invite à la découvrir.

Installez-vous sur le parapet qui longe la Saire et tout en dégustant la « seule vraie brioche au beurre », celle du Vast, bien sûr, laissez-vous guider. Le cousin Paul vous embarque dans le chaland de sa mémoire.

Je suis sûr que « Mémère Titine » doit être fière de son petit-fils.. Moi, je le remercie de nous faire partager cette belle histoire.

                                   Jacques Lemieux.

 

Mémère Titine » descendante d’émigré royaliste

 

Augustine Le Mieux
Boulangerie rue au blé à Cherbourg

Le Saire est une petite rivière qui donne son nom à une plaine située au nord est du Cotentin, riche région de maraîchage et de céréales : le Val de Saire. Avant de paresser à travers le Val de Saire, cette rivière serpente entres des coteaux couverts de bois et de petits champs, les « clos ».

 

Lové dans ce vallon, Le Vast, a connu dans le passé une activité textile. Les promeneurs du dimanche et les touristes viennent y admirer la cascade et déguster la célèbre brioche du Vast, la « seule vraie brioche au beurre ». Chaque année, quand j’étais jeune, la fête annuelle était l’occasion de voir de plus près la cascade et le château dont les grilles s’ouvraient aux attractions.

Après avoir contemplé la cascade, je conseille au promeneur de prendre à gauche à « Tourne Bride » et de suivre les hauts murs du parc du château. La route longe ensuite la Saire dont elle n’est séparée que par un parapet. – Que le promeneur s’assoie sur le parapet et porte le regard sur le courant paisible - . L’eau est parfaitement limpide. Lorsque le regard parvient à se détacher de l’onde, on aperçoit, de l’autre côté de la rivière, une prairie au bout de laquelle s’élèvent quelques petites maisons. C’est là, au lieu-dit « Les Rues » que naît, le 20 juin 1868, Augustine Le Mieux, ma grand-mère, que toute la famille appelle « mémère Titine ».

Quelques après-midis de recherche familiale dans les registres d’état-civil de la mairie du Vast, m’ont permis de reconstituer l’arbre généalogique de ma grand-mère. En si peu de temps notre travail n’est pas exhaustif. Il se peut qu’il y ait des oublis et des erreurs et je prie les spécialistes de me pardonner.

Je n’ai pas de précisions sur mon plus ancien aïeul mentionné dans les registres, Richard Le Mieux, sinon qu’il était marié à Charlotte Fortin (1690-1775) et qu’il était déjà décédé en 1764 ainsi que le mentionne l’acte de mariage de son fils René.

« Mariage de René Le Mieux, fils de feu Richard Le Mieux et de Charlotte Fortin de la paroisse du Vast, âgé de 32 ans environ et de Anne Boisnel, fille de feu Etienne Boisnel et d’Anne Le Saunier du Vicel, âgée de 23 ans environ après la publication des bans … ont été épousés dans l’église du Vast en présence Jean et Pierre Le Mieux, frères de l’époux qui ont déclaré ne pas savoir signer … »

René Le Mieux est désigné comme « marchand drapier ». Il y avait donc bien une fabrique de textile au Vast au 18ème siècle. Par la suite il est devenu laboureur comme le précise l’acte de décès : « Le Mieux René mort le 4 décembre 1814, 82 ans, laboureur, veuf de Bonne ( ?) Boisnel, fils de feu Richard Le Mieux et de feu Charlotte Fortin ».

C’est la destinée de l’un de ses fils, Jean-Baptiste, né le 7 décembre 1769, qui n’est pas banale.

Pendant la révolution, Jean-Baptiste quitte le Vast et s’exile à Jersey où il épouse une Granvillaise, Marie Rabey (orthographié Aabey dans un acte de 1844). Il y exerça le métier de maçon. Dans un document que je me suis procuré il y a quelques années intitulé « Les grignotages du Père La Souris », j’appris que l’un des deux enfants de Jean-Baptiste et de Marie avait, lors de son baptême, des nobles comme parrain et marraine.

 

Le 7 avril 1799 :

« Baptême de Charles Le Mieux, fils de Jean Le Mieux, originaire du Val (Vast), diocèse de Coutances et de Marie Rabet.

Parrain :        Messire Charles-Jacques, Chevalier de Péronne de la paroisse de St-Nicolas de Granville.

Marraine :     Demoiselle Estelle Mazières, de la paroisse de Saint Savinien, diocèse de Saintes.

Signature :     Ange Fournier de la Châtaigneraie, prêtre de Maure ».

                        (registre paroissial catholique de Jersey n° 5 p.32)

« Le Père La Souris », précise que le Chevalier était agent royaliste et qu’il serait resté le plus souvent sur le continent. Ce n’est certes pas au fils du laboureur ou du maçon qu’un tel honneur eût été accordé. Jean-Baptiste qui avait embrassé la cause royaliste a dû agir utilement, aider, participer à certaines actions en faveur des émigrés et ce faisant a été apprécié par ces nobles qui lui ont ainsi marqué leur reconnaissance.

Voilà plusieurs années que je m’interroge sur les raisons de cet exil de Jean-Baptiste. Est-ce le résultat d’une réflexion personnelle ? Ou au contraire a-t-il été influencé par des personnalités locales ? Le vicaire du Vast ? Les châtelains ? Il faut se rappeler que le Val de Saire à l’époque de la révolution, est un foyer de résistance symbolisé par Julie Potel de Barfleur (canonisée en 1922) qui abritait les prêtres réfractaires et organisait leur exil vers l’Angleterre quand il étaient trop compromis.

Est-ce que Jean-Baptiste est parti seul ou accompagné ? Voilà ce qui mériterait d’être éclairci.

Le couple et leurs deux enfants rentrent en France après la fin de la terreur ou à la signature du Concordat. Marie et Jean-Baptiste se marient civilement au Vast en 1802.

Pierre-Jean, leur fils aîné (né à Jersey en 1796) se marie en 1825.

« Mariage le 22 août 1825 de Pierre Jean Le Mieux, fils de Jean, laboureur et de Rabec, né à l’Isle de Gersay le 24 juillet 1817 ( ? ), domicilié dans cette commune, fils de Jean Le Mieux ci-présent et représentant … »

Jean-Baptiste est décédé au Vast entre 1825 et 1839, année de la mort de sa femme Marie Rabey.

L’acte de décès de Marie est le suivant :

« Le 11 mai 1839, décès de Le Mieux Marie, fille de Rabey Michel Zaccharie et Hüe Marie, 73 ans, fileuse, née à Granville, domiciliée au Vast, veuve de Jean-Baptiste Le Mieux, maçon et fille de Michel Zaccharie et de Marie Hüe, décédés à Granville ».

 

Jean-Baptiste a-t-il réellement participé à des faits d’armes contre l’armée révolutionnaire ? N’aurait-il pas, dans ce cas, comme les anciens combattants ont coutume de la faire, dit et redit ses aventures à ses enfants et petits enfants au cours de longues veillées d’hiver ?

Or il semble que personne, y compris parmi ses proches n’ait gardé le souvenir de cet épisode de sa vie. Pour confirmer je mentionnerai l’acte de remariage de Louis Le Mieux son petit fils (et père de ma grand-mère) :

19 janvier 1872, « Le Mieux Louis Michel, né le 18 septembre 1826 au Vast, fils de feu Jean Le Mieux (+ 30/11/44 au Vast) et de Bonne Magdeleine Delatour (+ 19/05/52 au Vast) dont les aïeux paternels et aïeux maternels décédés mais dont les futurs époux ignorent le lieu de leur décès et de leur dernier domicile ».

Pauvre Jean-Baptiste ! Sa participation à la lutte contre la révolution a été complètement oubliée.

Si Jean-Baptiste n’a laissé aucun souvenir au Vast, la mémoire de son petit fils Louis Le Mieux, mon arrière grand-père y demeure puisqu’un champ proche de la ferme nommée Lesnauderie porte le nom de « Clos Louis Le Mieux », un champ qu’il a peut-être acquis à force d’économie. Ironie de l’histoire : l’humble persévérance d’un ouvrier agricole est parfois mieux reconnue que des hauts faits.

 

L’une des filles de Louis LeMieux est donc ma grand-mère.

 

Table alphabétique des actes de l’Etat-Civil pour l’année 1868

« L’an mil huit cent soixante huit, le vingt et un juin à midi, pardevant nous Désiré Lefauconnier, adjoint et délégué par Monsieur le Maire en date du premier janvier dernier pour remplir les fonctions d’Officier de l’Etat-Civil de la commune du Vast, canton de Saint-Pierre Eglise, département de la Manche, ont comparu Louis LeMieux âgé de quarante deux ans, journalier, domicilié au Vast, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né d’hier à quatre heures du matin, de lui déclarant, aux Rues et de Marie Yon, son épouse, âgée de vingt neuf ans, ménagère, domiciliée au Vast, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Augustine …

Déclaration et présentation faite en présence de Bienaimé Lelandain, âgé de cinquante deux ans, Tisserand et de Paul Vastel, âgé de quarante deux ans, bourrelier, tous deux domiciliés au Vast et dont le père et les témoins signent avec nous le présent acte de naissance après lecture faite ».

Augustine n’a que 2 ans au décès de sa mère, 4 ans au remariage de son père.

Elle épouse Elie Leruez en 1881, employé des postes puis boulanger décédé à Cherbourg en 1918 à 56 ans. Mon père lui succèdera à la boulangerie jusqu’à ce qu’à la suite d’une pleurésie les médecins lui interdisent de continuer ce métier. Ma grand-mère se retire alors chez nous car ma mère travaille et c’est elle qui s’occupera des trois enfants.

En 1939 Cherbourg est bombardé et « mémère Titine » nous emmène tous les trois nous réfugier au Vast principalement au Hameau Valette. Retour aux sources jusqu’à son décès en 1941.

 

Je n’ai qu’un vague souvenir d’elle – âgé de 6 ans à sa mort. Cependant je me rappelle que je dormais dans la même chambre et que j’avais l’habitude de la rejoindre dans son lit, au milieu de la nuit, surtout quand il y avait des alertes. Je me vois aussi au hameau Valette entrain de manger avec elle, le hareng saur qui avait séché pendant des jours, accroché dans la grande cheminée.

Il paraît qu’elle avait de la méfiance à l’égard de ceux qu’elle appelait « les partageux ». Son conservatisme lui était peut être dicté par l’esprit de son Aïeul royaliste ? Jean-Baptiste.
Qui sait ?

 

C’est le moment pour le promeneur assis sur le parapet de porter à nouveau le regard sur l’eau paisible et transparent aussi paisible et transparent qu’au temps de notre aïeul Richard, cette onde qui défie le temps et les révolutions.

Paul Leruez